Samedi 21 janvier 2012 6 21 /01 /Jan /2012 11:15

Je me suis levée deux fois cette nuit et à chaque fois je jette un coup d’œil à la fenêtre : il pleut toujours. A 6 heures nous allons vérifier encore une fois : il tombe des cordes ! Nous restons au chaud jusqu’à 7 h et quart, il nous semble que ça se calme un peu. Nous descendons déjeuner, nous ne sommes que tous les deux et le déjeuner est très copieux. Nous avons du vrai jus d’orange et de la marmelade maison. Puis, nous remontons dans la chambre pour nous changer. En effet, nous sommes descendus avec nos vêtements secs que nous voulons garder pour ce soir à l’arrivée. Donc nous n’avons pas d’autre solution que de remettre les vêtements d’hier. Courageusement, je quitte ma polaire bien chaude que je range au fond du sac et j’enfile celle de la veille encore humide. Il va falloir faire la      même chose avec le pantalon. Hubert, dans son coin, remet son short. Je me demandais quel effet cela ferait d’enfiler des vêtements mouillés, maintenant je s         ais, je suis dedans. On dit qu’il faut tout essayer dans la vie ! Et ça continue, nous mettons des chaussettes sèches et nous entrons nos pieds dans les chaussures trempées. Maintenant, il faut vite se mettre en mouvement avant d’attraper froid. La mammy d’hier soir nous apporte nos capes qu’elle a pris soin de faire sécher et nous embrasse avant de nous laisser partir. Heureusement, il fait très doux et pour le moment il ne pleut pas. Nous commençons par une rude côte ce qui nous permet de nous réchauffer très rapidement. Il y a un léger vent qui sèche nos vêtements. Nous avons décidé de faire cette étape d’une traite et de manger à l’arrivée au gîte. Le chemin est, aujourd’hui encore, très joli, nous profitons de nos dernières traversées dans les forêts d’eucalyptus et de notre dernière journée de marche. Au bout d’une heure environ, nous sommes secs quand la pluie se déchaîne à nouveau. Le vent se remet à souffler en rafales quand nous commençons à franchir un col. Obstinément, courbés sur les bâtons, nous continuons à avancer, nous sommes si près du but ! Une voiture s’arrête à notre hauteur pour nous prodiguer quelques mots d’encouragements. Plus que 7 kms nous annonce le chauffeur. Finalement, nous essuyons une alternance d’averses et d’éclaircies qui nous permettent de sécher avant la suivante. Nous espérons qu’il ne pleuvra pas à notre arrivée à Muxia.  Du haut d’un col nous apercevons un village : serait-ce Muxia ? Et non, il nous reste encore 3 kms, ils nous paraissent bien longs ce matin. Il ne pleut plus, nous allons peut-être réussir à arriver à peu près secs. Bientôt, nous apercevons enfin l’océan. Il est gris, les vagues sont énormes mais que c’est beau ! Nous avons maintenant le vent de face et chaque pas devient une lutte. Mais voudrait-on nous empêcher d’arriver ? Peine perdue, voilà la pancarte annonçant l’entrée de la ville. Nous sommes tellement contents que nous la prenons en photo. Il nous faut encore traverser tout le village car le gîte est près du port c'est-à-dire de l’autre côté. Et évidemment, il est perché tout en haut d’une côte très raide. Quand nous arrivons enfin il est 12 heures 30 et il ouvre à 13 heures. Nous nous abritons à l’entrée d’un garage pour nous protéger du vent violent. Mais bientôt l’hospitalier, qui nous a aperçus, nous fait signe qu’il va ouvrir. Nous sommes les premiers et nous sommes très bien  accueillis. Il nous explique tout ce qu’il y a à visiter dans le village, nous donne un plan sur lequel il indique le syndicat d’initiative, le supermarché, l’arrêt de bus pour demain et le temps qu’il faut pour se rendre à chaque endroit. Après avoir pris possession de nos lits nous allons étendre notre linge encore humide et nous nous rendons à la cuisine pour aller manger. L’hospitalier vient nous voir et nous offre un café avec du lait condensé. Puis, comme le soleil est de retour, nous partons pour jouer les touristes. Nous allons commencer par le sanctuaire où, d’après la tradition, la Vierge Marie est arrivée dans une barque de pierre pour encourager St Jacques à aller prêcher dans le Nord-Ouest de la péninsule ibérique. Nous longeons le très joli petit port et en vingt minutes nous arrivons au sanctuaire O’Barca. La barque de pierre a été reconstituée à côté de la chapelle.  Nous grimpons au mirador (point de vue en espagnol) au milieu d’énormes blocs de pierre et là, la magie opère : nous découvrons Muxia en bas, petit village posé sur son petit bout de terre entouré de tous côtés par l’océan. Nous sommes au bout de tout, sur la côte de la Mort et nous prenons conscience de ce que nous avons accompli. Nous avons atteint notre but, la joie et l’émotion sont intenses .L’océan se joint à toute cette beauté en faisant éclater d’énormes vagues sur les rochers. Est-ce l’eau de mer qui emplit nos yeux ? Nous avons du mal à quitter cet endroit magique, d’autant plus que le soleil vient nous saluer sur ce petit bout de terre qui a des airs de fin du monde.  Pour nous aussi c’est la fin, il faut repartir. Nous nous rendons maintenant au Syndicat d’Initiative afin d’obtenir notre certificat de « fin de chemin ». Nous allons le ranger précieusement avec notre Compostella obtenue à Santiago. Cette fois nous prenons vraiment conscience que nous ne pouvons pas aller plus loin. Nous faisons quelques courses en rentrant au gîte afin de nous faire à souper ce soir. Puis, je monte sur la terrasse, pour raconter notre journée. Je suis installée face à l’océan, le soleil brille et envoie des reflets sur les vagues. Quel lieu magnifique pour notre dernier soir ! Demain, nous allons prendre le bus de 6 heures 45 qui nous ramènera à Santiago. Nous avons vécu une expérience magnifique, les souvenirs resteront pour toujours et nous sommes fiers d’avoir accomplis ce pèlerinage. Dans notre cœur, nous resterons pour toujours des « peregrinos » mais il faut bien reprendre le « camino » de la vie.  

                                                                                                      

Par Denise la tortue
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