Partager l'article ! 95ème étape : 22 octobre 2011 – de Pedrouzo à Santiago (20 kms): Cette nuit, aux alentours de 3 heures, nous avons été réveillés par des ...
Le chemin des étoiles
Cette nuit, aux alentours de 3 heures, nous avons été réveillés par des cris dans le dortoir. Je me suis demandé ce qu’il pouvait bien se passer. Puis, des voix d’hommes en colère ont retenti. J’ai supposé qu’ils avaient réglé le problème et je me suis rendormie. Ce matin, au petit déjeuner, nous avons eu l’explication : en fait, ce sont des hommes d’un même groupe qui se sont disputés entre eux pour une raison qui nous reste inconnue. Peut-être avaient-ils fait un peu la fête hier soir ? Hubert, lui, dormait du sommeil du juste et n’a rien entendu. Ce matin, contrairement aux derniers jours, les gens se lèvent tôt. Ils veulent arriver de bonne heure à Santiago. Quand nous quittons le gîte à 8 h il fait toujours nuit. Au début, dans le village, ce n’est pas très gênant mais, bien vite, le chemin pénètre dans un bois et on n’y voit strictement rien. C’est le genre de forêt où, quand j’étais petite, j’aurais eu peur de rencontrer un loup. Même maintenant, je scrute chaque arbre en me demandant s’il n’y aurait pas quelqu’un ou quelque chose caché derrière. Je ne traîne pas ce matin, je reste sur les talons d’Hubert, je ne tiens pas à être seule ici. Il fait un peu frais mais bien moins qu’hier. Comme le ciel est nuageux, le soleil a du mal à se montrer mais peu à peu le jour se lève. Nous attendons de trouver un petit coin pour pouvoir faire une pause. C’est finalement un abri bus au soleil qui fera l’affaire. Les pèlerins qui passent nous regardent en pensant que nous allons terminer l’étape en car. Mais cela ne risque pas, nous avons absolument tout fait à pied depuis le départ (nous en sommes à 2000 kms) et avons laissé l’empreinte de nos chaussures de Cluny jusqu’ici. Nous n’allons quand même pas faire les dix derniers kilomètres sur des roues ! Après un petit moment de repos nous reprenons le chemin toujours au travers des magnifiques forêts d’eucalyptus qui me plaisent tant. Nous l’avions déjà compris, Santiago, cela se mérite et aujourd’hui encore nous avons une succession de montrées très raides et de descentes très abruptes. Mais aujourd’hui, rien ne nous fait ralentir, rien ne nous fait peur, nous avons des ailes, le but est proche. Il nous faut faire une nouvelle halte au milieu d’une côte afin de quitter les polaires. Il y a un moment que nous transpirons et c’est en tee-shirt que nous allons terminer. Et voilà la dernière colline, nous apercevons le monument planté au sommet du « Monte Gozo ». En français, c’est le Montjoie, baptisé ainsi car les pèlerins du haut de cette colline de 368 mètres, peuvent apercevoir les flèches de la cathédrale de Santiago. Le but de notre voyage est là, sous nos yeux. Des millions de pèlerins ont posé ici leur sac et criaient « Montjoie ! Montjoie ». Ce sont ces cris de joie, ces moments d’intense émotion qui sont à l’origine du nom donné à cette colline : « le Mont de la Joie ». Nous prenons en photo le monument sous toutes ces faces et décidons de pique-niquer sur place avant de descendre sur Santiago. Hélas il y a beaucoup de touristes, des voitures et dans l’une d’elle, la portière est ouverte et la radio hurle. Nous avons le plaisir d’entendre notre Johnny national à la place de nos compagnons habituels : les oiseaux et le silence. Puis, nous repartons pour la dernière ligne droite. Au Moyen Age les pèlerins descendaient soit pieds nus, soit en courant. Comme Hubert ne veut faire ni l’un ni l’autre je le suis sagement. Nous trouvons rapidement la pancarte qui indique l’entrée de Santiago mais nous sommes encore loin de la cathédrale. Il y a beaucoup de monde et de circulation. Nous devons garder les yeux rivés au sol pour ne pas perdre les flèches jaunes et les coquilles incrustées dans le trottoir, qui vont nous emmener droit sur la place de l’Oratoire. Je commence vraiment à trouver le temps très long à tournicoter dans cette ville. Enfin une rue piétonne, nous devons nous approcher du centre historique. Nous passons devant bars, restaurants, magasins de souvenirs. La cathédrale est en vue. Nous la longeons sur un côté, passons devant un joueur de cornemuse, et soudain… la place. Nous allons droit jusqu’à la coquille du kilomètre zéro, nous sommes tout petits face à la cathédrale et soudain l’émotion nous submerge. Nous ne pouvons empêcher nos yeux de déborder. Nous l’avons fait ! Nous avons réussi ! Comme le dit si bien notre guide Lepère : « Nous sommes dans notre rêve. » Une jeune fille que nous avons rencontrée plusieurs fois sur le chemin ou dans les gîtes nous saute dans les bras. Sur la place, nous entendons des cris de joie, les gens s’étreignent, beaucoup pleurent et s’étendent de tout leur long sur le sol. C’est un spectacle qui restera gravé dans nos mémoires. Nous nous faisons prendre en photo devant la cathédrale pour garder ce souvenir à jamais.
Voilà, c’est fini le camino de Santiago
Nous avons usé nos godillots
Nous avons subi bien des maux
Mais ne reste que le plus beau.
Nous nous asseyons pour discuter de la suite des opérations. Tout d’abord, il faut trouver un gîte pour poser les sacs, pour nous doucher et nous changer. Notre choix se porte sur le Seminario Menor à un quart d’heure de la cathédrale. Comme nous ne savons pas exactement où il est situé, nous allons tout d’abord au Syndicat d’Initiative. Nous avons de la chance de tomber sur quelqu’un qui parle français. Nous ressortons avec un plan de la ville où un monsieur sympathique nous indique le gîte, le bureau des pèlerins où nous devons nous rendre pour obtenir la Compostella (attestation de fin de pèlerinage) et la gare routière (nous voulons aller nous renseigner pour prendre nos billets de retour à la maison). Nous prenons aussi les horaires de bus pour aller à Fisterra car nous n’avons pas encore vraiment décidé de la façon de nous y rendre. Nous nous dirigeons tout d’abord vers le bureau des pèlerins car il est juste à côté. Là, nous présentons nos crédentiales où sont apposés les tampons de tous les endroits où nous avons fait étape et on nous remet notre diplôme. Nous ne sommes pas peu fiers et très émus d’avoir réussi à obtenir ce certificat rédigé tout en latin. Quel beau souvenir ! Et nous voilà dans les petites rues piétonnes, pèlerins parmi les pèlerins du monde entier. Hubert a le plan à la main et, après quelques difficultés, nous apercevons notre auberge sur la hauteur. C’est un magnifique bâtiment, ancien séminaire reconverti en gîte. Il nous faut encore gravir une côte très raide et nous avons le choix entre la petite route ou les escaliers. C’est le souffle un peu court que nous nous présentons à l’accueil. Nous demandons à rester deux nuits car nous voulons visiter Santiago demain dimanche avant de repartir. On nous attribue deux lits côte à côte… au 3ème étage. On nous précise que nous devons quitter le gîte entre 9 h 30 et 11 h 30 pour cause de ménage. Chouette, nous pourrons nous lever un peu plus tard et déjeuner en prenant notre temps. Et c’est reparti avec le sac sur le dos. Quand nous entrons au dortoir, nous avons une belle surprise : c’est très spacieux, les lits ne sont pas superposés et nous disposons chacun d’un grand casier qui ferme à clé. Nous prenons possession de nos lits et après douche, lessive, pas de sieste aujourd’hui, Santiago nous attend. Nous allons commencer par le principal : visite de la cathédrale. Une messe en langue galicienne est en cours. Nous respectons le silence recommandé et nous faisons le tour pour admirer ce bel édifice. Puis, nous grimpons un escalier très étroit pour arriver au niveau de la statue de St Jacques. Ici, selon la tradition, en posant la main sur son épaule, on peut lui demander d’exaucer un vœu ou d’intercéder en faveur de quelqu’un. Hubert s’arrête et, bien qu’il ne me dise rien, je sais qu’il pense à sa Lili qui l’a élevé. Il a marché avec sa photo sur lui. Quand mon tour arrive, j’ai une pensée émue pour maman, mes frères et sœur, mes enfants : Jérémy pour qu’il arrive à profiter de la vie à chaque instant, Audrey pour qu’elle réalise ce qu’elle souhaite. Une bouffée de tendresse aussi pour la dernière génération : Balian, mon dernier grand amour, Kimya ma merveilleuse petite puce et Aliénor, petit poussin tout juste sorti de l’œuf et que nous n’avons pas encore eu le temps de bien connaître. Toutes les personnes aussi qui ont pensé à nous tout le long du chemin et nous ont soutenu moralement : ma tante Paulette qui se passionne pour nos aventures et les copines toujours présentes sont avec moi. Mais il faut avancer car il y a du monde derrière. Le pauvre Jacques, il a bien du boulot. Le parcours nous conduit à la crypte où sont les restes de St Jacques. Ce sont des moments d’intense émotion. Nous remontons et continuons notre ballade dans la cathédrale. Hubert s’arrête devant la statue de maître Mateo où les pèlerins qui le désirent peuvent recevoir l’étincelle de génie après avoir frappé trois fois leur tête sur celle de maître Mateo (Matthieu). Hélas, cela ne sera pas possible car la statue est protégée par une rambarde de fer et on ne peut plus l’approcher. Dommage, j’aurais bien aimé qu’il récupère cette étincelle ! Nous voyons arriver huit hommes (les « tiraboleiros ») vêtus de robes bordeaux qui s’apprêtent à détacher le Botafumeiro. C’est un encensoir géant qui parfume la cathédrale d’un gros nuage d’encens. Il faut leurs forces réunies pour le mettre en mouvement et il se balance au-dessus de la foule en frôlant les voutes de chaque côté. Je rêvais de le voir et c’est assez rare car il ne fonctionne pas à chaque messe. Cet encensoir a quitté accidentellement, par trois fois, la corde qui le maintenait au plafond, provoquant le décès de plusieurs pèlerins (la dernière remonte à 1937). Quand nous quittons ce lieu, il commence à faire froid. Nous téléphonons à la famille pour leur annoncer que nous avons atteint le but et leur faire partager notre joie. Nous faisons deux ou trois courses et nous nous mettons en quête d’un restaurant pour ce soir. Nous cherchons la « casa Manolo » recommandé par notre guide. Comme nous ne trouvons pas, Hubert va se renseigner auprès de la « policia ». Nous y sommes mais, hélas, il va nous falloir attendre un peu car il n’ouvre qu’à 20 heures. Nous ne regrettons pas cette attente car le repas est délicieux et très copieux. Puis nous reprenons la grimpette pour aller au gîte, il est déjà 21 h 30. Quel laisser-aller !
Derniers Commentaires